Au fil des pages
de Jean-Louis Etienne,
Le Pôle intérieur

Jean-Louis Etienne est un des derniers aventuriers de notre siècle.
Je ne ferai pas le résumé du livre pour ne pas émousser le plaisir de le lire mais ses expéditions sont aussi différentes que l'ascension de l'Himalaya, la traversée de l'Atlantique avec Colas puis avec Tabarly, la traversée de l'Arctique puis de l'antarctique.
Mais ce que j'ai préféré dans ce livre, c'est la troisième partie «Les fruits de la jachère» dans laquelle il nous fait part des réflexions philosophiques inspirées par ses exploits qui font de lui un humaniste.
Rien ne le prédestinait à cette vie Si ce n'est l'amour des siens et son éducation qui très jeune l'a responsabilisé. Il est l'artisan de sa propre vie, comme il aime à le dire : « L'aventure c'est inventer sa vie».
Il le démontre d'une manière Si simple et Si naturelle que chacun peut penser qu'il est capable d'en faire autant.
Il parle de son thème astral qui aurait déterminé son existence dés sa naissance pour nous dire qu'il est l'un des éléments de la terre au même titre que tous les autres éléments de la nature, qu'en tant qu'être humain, il est inscrit dans l'univers, qu'il est le fruit d'une gestation de milliard d'années.
Les différentes directions de son enseignement (CAP de tourneur. Médecine, chirurgie, radiologue), ses diverses entreprises lui ont fournit «une Tousse à outils» de compétences diverses et montrent à quel pointil veut être acteur de sa vie : L'envie de réaliser ses rêves lui font accepter la précarité matérielle; l'exercice de la médecine lui fait mesurer l'éphémère de la vie et lui donne du recul sur les évènements ; ses connaissances sur les sciences de la vie et de la terre lui donne l'envie de les transmettre.
Chaque expédition participe à son accomplissement mais celle au Pôle Nord l'a conduit à l'exploration de son moi intérieur, de son pôle intérieur. Elle lui fait mesurer la fragilité et la force de l'homme. Il recule ses limites physiques et mentales pour trouver les limites de sa liberté en luttant contre son angoisse et sa peur face à la solitude et à la puissance cette nature inviolée du pôle Nord. J'ai mis cette pensée en parallèle avec celle de Pascal : « L'homme est un roseau, le plus faible de la nature Une vapeur, une goutte d'eau suffit à le tuer. Mais c'est un roseau pensant car l'homme sait qu'il meurt. Et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien et celle de Socrate «Connais-toi toi-même»
J'ai relevé quelques fruits de sa jachère:
La reconnaissance de ses racines que"l'on porte en soi" qui doivent être « des racines de vie, oui, un enracinement prison, non».
Son rêve de cabane à l'architecture marginale due l'inexistence de contraintes d'un passé culturel, libérant ainsi l'imagination. Façon de vivre ainsi au contact de la nature, libre en toute simplicité.
Son rejet de la société de consommation.
Sa pédagogie: faire confiance à la jeunesse en lui donnant le goût des responsabilités, la liberté d'entreprendre, en cultivant leur imagination. Donner une éducation à la manière des compagnons du devoir: aller de par le monde se frotter à d'autre culture, d'autres conditions de vie, à la recherche d'un bonheur simple.
S'affranchir de l'intoxication provoquée par l'avalanche d'informations de type émotionnel qui donnent un sentiment d'impuissance.
Son idée sur la politique "Ce sont les citoyens qui font la vie. La politique n'est-elle pas l'art d'orchestrer collectivement ?"
Ne pas sacrifier la génération présente à la génération future:
"les jumelles permettent de voir loin mais pas de marcher droit ".
"Réjouissons-nous ensemble de ce soleil avant d'en réclamer un autre".
Il faut donner aux jeunes une trousse à outils de compétences diverses ( technique, universitaire) plutôt qu'une seule ultra perfectionnée.
La nature est indispensable à l'homme.
L'importance des liens qui unissent les formes de vie entre elles.
Il regrette que l'esprit cartésien fasse oublier la complexité de la nature en étudiant séparément des phénomènes.
Il alerte; la biosphère est en danger à cause de la techno sphère créée par l'homme. "La nature n'est pas seulement le décor de la scène où se joue la comédie humaine. La biosphère est une ruche vivante dont tous les habitants ont la vie en commun".
La planète n 'est pas en danger, c'est l'homme qui l'est. Il faut qu'il cesse d'être anthropocentrique, qu'il fasse un cheminement intérieur collectif et individuel pour que "les espèces vivent dans un juste équilibre de prospérité"